« On était toudis à vélo »

Témoignages de sages : Allotrope donne la parole aux anciens | Textes, Podcasts et Photos

Un projet mené à Lewarde par l’autrice et podcasteuse Céline Balloy, le photographe Kalimba et d’autres artistes partenaires.

THÉRÈSE : Allez-y commencez sans moi, je vais faire un café !

JOSETTE : Je m’appelle Josette, j’ai 87 ans, je suis née à Lewarde et j’espère bien mourir à Lewarde. J’ai d’abord habité la rue Jules Guesde, pas loin de chez Louisette, puis en 62 je me suis installée avec mon mari rue Coubrun et on a fait 3 enfants. Qu’est-ce que je peux vous dire encore… C’est Mme Vilain qui m’a mise au monde. THÉRÈSE, TU TE SOUVIENS DE MADAME VILAIN ?

Photo @Kalimba

THÉRÈSE (de sa cuisine) : QUI ÇA ?

JOSETTE : LA SAGE-FEMME ! C’est elle qui faisait tous les accouchements de Lewarde. À cette époque, les femmes accouchaient chez elles. Moi-même j’ai accouché de mon premier à la maison.

THÉRÈSE : Ah oui, madame Vilain, j’en ai entendu parler ! 

JOSETTE : J’ai appris à coudre chez Blanche Bajeux à Lewarde puis j’ai travaillé dans un atelier de couture à Douai. 

THÉRÈSE : Moi, j’ai été auxiliaire puéricultrice pendant 40 ans à Dechy. Vous voulez du sucre ? Tenez, un quartier de tarte avec votre café ! Dans le temps, il y avait toujours du café sur le feu ! 

JOSETTE : Et on demandait au boulanger de cuire les tartes dans son four quand on préparait une communion, c’était la tradition ! Et même qu’une fois, le support à tartes s’est écroulé, c’était la catastrophe… Et les gaufres, t’as connu les gaufres ? 

THÉRÈSE : Les gaufres sèches ? 

JOSETTE : Pendant la guerre, les « ma tantes » préparaient des gaufres sèches avec de la crème de lait. C’était rare, on manquait de tout à cette époque ! Notre copine Jeanne-Marie n’avait pas d’appétit, alors on l’aidait à manger ses gaufres ! 

« Avant, tout le monde avait un surnom »

JOSETTE : Après la guerre, tous les dimanches après-midi, les gens allaient au bois Tiot-ry. Je ne saurais pas l’écrire. Peut-être que ça veut dire le « petit Henry ». 

THÉRÈSE : Je ne sais pas si on vous l’a dit, mais avant, on avait tous des surnoms. C’était courant. Dans ma rue, il y avait une femme qui ramassait les loques, on l’appelait Marie à loques !

JOSETTE : Chez Tiot-ry c’était une guinguette où tout le monde se retrouvait. Moi, j’étais trop jeune, je préférais aller chez « Sophie » acheter des bonbons.

THÉRÈSE : Ou chez s’Bill !

JOSETTE : Avant on avait que deux moyens de locomotion : le vélo ou ses pieds. 

THÉRÈSE : Ma mère était toudis à vélo. On partait faire des courses au supermarché Radar à Dechy et on revenait avec des sacs et des sacoches pleines. Et après on a connu la Coop et la CCPM à Lewarde. Et quand il neigeait, parfois jusqu’à un mètre, on ne pouvait plus bouger dans la rue. On attendait que le tracteur trace la route pour se déplacer. 

JOSETTE : Toutes les semaines, je me rendais à vélo chez mes grands-parents à 25 km de chez moi. On circulait à vélo entre gens de notre âge, on se connaissait tous. Mais quand la voiture est arrivée, des groupes se sont formés et on s’est séparé. C’est dommage… Certains économisaient même pour louer une voiture et partir au dancing en Belgique ! 

THÉRÈSE : Moi, la seule sortie dont je me souvienne, c’est quand on partait avec l’école à Aubigny-au-Bac, pique-niquer au bord du lac ! 

JOSETTE : C’était notre seule journée de vacances.

THÉRÈSE : On ne partait jamais ! Même quand on allait chez ma tante Charline à Berck, il fallait être rentré à 16h30 car mon père, président du club de javelot, devait ouvrir le local !

« Sacré mois de mai, j’voudrais qu’il arrive jamais ! »

JOSETTE : Heureusement, il y avait la ducasse pour faire la fête. Ma mère disait toujours : « sacré mois de mai, j’voudrais qu’il arrive jamais ! » Tellement mon frère dépensait ! 

THÉRÈSE : Et tu te souviens, à Pâques, les enfants de chœur passaient dans les rues pour distribuer de l’eau bénite. Ils avaient une crécelle comme celle-là pour se faire entendre. Ça faisait du bruit ! Et en échange, on leur donnait des œufs. 

JOSETTE : Ça me rappelle une anecdote ! Un jour d’orage, la voisine a tellement eu peur que la foudre tombe sur sa maison, qu’elle est sortie avec une bouteille pensant avoir attrapé l’eau bénite, mais c’était de l’encre qu’elle a aspergée sur sa maison. Qu’est-ce que j’ai ri ! Je ris encore !

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