Témoignages de sages : Allotrope donne la parole aux anciens | Textes, Podcasts et Photos
Un projet mené à Lewarde par l’autrice et podcasteuse Céline Balloy, le photographe Kalimba et d’autres artistes partenaires.
Je m’appelle Marie-Claude, j’ai 77 ans. Je suis née à Lewarde, je me suis mariée à Lewarde et je serai enterrée à Lewarde. J’ai déjà ma place !
J’ai fait toute ma scolarité avec deux amies d’enfance, d’abord dans la petite école du village, puis au collège d’Aniche et au lycée de Douai. On formait un trio : les « Mamarjo » pour Marie-Claude, Margaux et Josiane.
Photo @Kalimba
Jusqu’à l’entrée à l’université nous sommes restées amies. Ensuite Josiane est partie faire sa vie avec un garçon dans les Ardennes et on ne l’a plus jamais revue.
En revanche, je vois toujours ma copine Margaux qui vit à Lewarde et qui a épousé mon « frangin de fac », un étudiant de physique-chimie. On révisait souvent ensemble le dimanche à la maison. Et c’est comme ça qu’il a fait la connaissance de Margaux qui passait nous rendre visite.
Je garde de bons souvenirs de mes copines. Le dimanche après la messe, on conservait un peu de sous de la quête et on allait s’acheter des bonbons dans la boutique de la place des Vésignons. Chez s’Bill, comme on disait. Dans les gros bocaux, on choisissait des coquillages, vous voyez ? Ces bonbons qu’on suce à l’envers !
« J’ai toujours été attachée à l’école du village »
Je me rappelle une anecdote en classe de terminale avec Josiane. Le proviseur était passé nous expliquer qu’un garçon viendrait dans la classe des filles. Un problème de sur effectif. Josiane et moi étions ravies ! Et quand nous avons vu arriver le jeune homme tout timide avec sa serviette on lui a généreusement crié : « Hé ! Viens t’assoir à côté de nous, il reste une place ! ». C’était le nouveau prof de philo…
Après la fac, j’ai commencé ma carrière d’enseignante dans un collège. J’avais 21 ans et à peine plus âgée que certains de mes élèves. Je ne cessais d’avoir des demandes de rendez-vous sur les copies que je corrigeais. Et comme j’étais petite, j’étais obligée de prendre un petit banc pour ne pas disparaître derrière ma paillasse.
J’ai vite abandonné cette mauvaise expérience et je me suis tournée vers le métier de professeure des écoles, comme Margaux. Une véritable passion. Je suis restée 33 ans dans la même école de Montigny-en-Ostrevent. Aujourd’hui, je suis bénévole un mardi sur deux à l’école de Lewarde pour m’occuper de la bibliothèque. L’escalier en pierre et le carrelage ancien sont toujours là ! Je me rappelle encore de cette maîtresse sévère qui donnait des coups de pied aux fesses pour faire monter les enfants.
Ensuite, je me suis mariée. Une rencontre foudroyante : j’ai percuté la 4L de mon futur mari ! C’était plus ou moins de ma faute mais je préfère dire qu’il avait tort.
La ducasse, trois jours de fête
Il faut aussi que je vous parle de la ducasse de Lewarde ! Elle durait trois jours au mois de septembre : dimanche, lundi, mardi sur la place des Vésignons. C’était dans les années 50 à 60 ; un moment de fête que les familles attendaient avec impatience.
On se faisait beaux, surtout le dimanche, et on se retrouvait tous chez mon arrière-grand-mère autour d’un grand repas. Elle préparait pour l’occasion de la langue et le lendemain midi elle cuisinait des asperges dans le bouillon. Le mardi, on se retrouvait pour ranger la maison et finir les restes. Elle préparait aussi des tartes au chuc, au libouli et ma préférée : al’prones.
Je me souviens que les femmes du village allaient chez le boulanger pour les faire cuire. Tout le monde n’avait pas de four ! Quelle ambiance… Moi j’attendais avec impatience le manège aux chevaux de bois. C’était aussi les débuts des auto-tamponneuses, de la chenille. Les grands tiraient à la carabine et tentaient d’avoir le gros lot ! C’était souvent des poupées avec des grandes robes qu’on posait sur les lits ou des fleurs avec des plumes. On recevait notre argent de poche pour les trois jours, il fallait gérer. Mais si on attrapait le pompon, on avait des tours gratuits.
Enfin, j’adorais aller au karaoké dans le cinéma, c’était souvent le lundi. Moi je ne chantais pas mais j’aimais regarder les autres.
« Symplor, simple comme l’or »
Ah ! C’est vrai, je ne vous ai pas parlé de l’entreprise de mon père, située rue de l’Égalité, près de l’église. « Symplor », une usine qui fabriquait des machines à laver « simples comme l’or ». Tout le monde ici a bien connu ces machines. Mon père, qui était le contremaître, avait repris avec l’aide de sa famille cette entreprise dirigée à l’époque par Gaston Hérent.
Au début c’était un simple tonneau en bois mais mon père l’a perfectionnée avec un tambour en métal et deux rouleaux dans lesquels on faisait glisser le linge pour l’essorer. Ensuite mon père s’est rapproché d’une usine belge, Primus, et ils ont fabriqué ensemble la première machine à laver automatique. Malheureusement, quand il a pris sa retraite, il n’y a pas eu de repreneur et l’entreprise a fermé.
Je vous laisse, j’ai encore beaucoup de choses à préparer, je suis très investie dans la vie associative sans oublier mes cours d’anglais. Il faut que je me perfectionne, j’ai prévu d’aller voir ma fille qui habite Washington. A bientôt ?
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